LETTRE AU PRESIDENT OBAMA

Publié le par MAXWELL BITYEKI EMMANUEL

Chapeau:

Cet article est une correspondance qui a été adressé au Président Barack H. OBAMA, quelques semaines avant le Sommet du G20 en 2009. Certains de ses passages ont été repris dans son discours à ce sommet.

Washington DC le 25 Mars 2009

Mr President,

Au moment où nous sommes en train de vous écrire cette lettre, des centaines voire des dizaines de milliers d'Africains meurent. Certains indiquent que l'Afrique est maudite, d’autres prétendent que l'homme africain n'a aucun droit au bonheur ou à une vie honorable. Certains autres vont même plus loin en pillant simplement le continent de ses ressources.

Les dirigeants Occidentaux, les dirigeants Africains, les banques européennes et quelques paradis fiscaux, des marchands de la mort sont ceux qui décident des guerres organisées depuis des capitales occidentales. Ces puissances étrangères sont les maux qui détruisent l'Afrique et les Africains.

Mr. President,

Nous ne sommes pas ici aujourd'hui pour quémander de la nourriture ou de l'eau potable, nous avons fait cela depuis des décennies mais rien ne semble être fait pour nous aider face à notre situation. Aujourd'hui nous sommes ici pour réclamer que ce dont nous avons été dépossédés par les occidentaux nous soit restitué pour le bien de l’Afrique et des Africains. C’est cela la justice, l’égalité et la liberté pour tous.

L’argent que nos dirigeants ont volé et gardé avec l’aide de certaines puissances occidentales dans des banques européennes, américaines, canadiennes, et un peu partout à travers le monde, devrait être récupéré et redistribué à nos peuples, parce que c'est de notre sang et de notre sueur qu’il s’agit.

Comment les Européens peuvent-il parler de la démocratie en supportant des tyrans, des dictateurs en Afrique? Comment peut-on expliquer que des centaines de milliards de dollars sont volés sur le sol Africain pour aller renflouer des comptes de ces dictateurs dans des banques en Europe, en Amérique, au Canada, en Asie ?

Le secret bancaire devrait être levé au sujet des dirigeants africains et de leurs familles. Ces fonds devraient être gelés et rapatriés en Afrique pour le bien être de ce continent pourtant riche mais victime de ses dirigeants et de leurs complices en occident. C'est une grosse erreur que d’emprunter de l'argent aux dirigeants Africains, qui l'utilisent pour des buts personnels et rien de plus.

Monsieur le Président, la conférence de Brazza au cours de laquelle l’Afrique fut partagée tel un gâteau fait partie de l’histoire. L’avenir de tout un continent ne devrait pas se décider aujourd’hui dans un bureau en occident par des bandes de pillards, de mercenaires, ou des fils de colons nostalgiques.

L'Amérique ne peut pas écrire un nouveau chapitre de son histoire sans regarder autour d'elle, le monde ne bougera pas en laissant l’Afrique dans son immobilisme. L’Amérique ne pourra pas surmonter ce nouveau défi sans penser à l'Afrique car nos destins sont liés.

Monsieur le Président,

Cette nouvelle ère marquera le nouveau début de la fin d’une misère longtemps programmée en Afrique. Nous voulons rêver de voir un jour de nos yeux une Afrique où les Africains auraient leur destin en main. Nous refusons de voir une Afrique où nos enfants continueraient de mourir à cause de plans et de conventions léonines d’un autre temps, signés par des dirigeants sans légitimité. Cela est contre l’Humanité et cela est contre Dieu qui a donné aux Africains ces richesses dont ils ne profitent pas.

Monsieur le Président,

Votre élection a suscité un grand espoir que nous voulons aussi voir manifester chez nous, sur notre continent. Il ne s’agit pas que vous fassiez à notre place ce qui est de notre responsabilité, mais que vous nous aidiez à prendre notre destin en main. Pour cela, il faudrait que les marchés de dupe passés entre nos leaders et dirigeants non démocratiquement élus et les grandes puissances, n’aient plus cours.

Pour cela, il faudrait que les Africains quittent les chaînes invisibles qui les lient au passé. Il faudrait que les millions de jeunes Africains, ingénieurs et techniciens; administrateurs et comptables; enseignants ou juristes; ouvriers spécialisés; pilotes ou employés de banque ; agents de maîtrise etc. trouvent par leur travail de quoi nourrir leurs familles et puissent se construire un avenir. Il incombe aux Grandes Nations de ce monde de revoir la règle du jeu de l’économie mondiale qui profite toujours aux puissants.

Le jeu à somme nulle auquel nous participons bien malgré nous ne nous arrange plus aujourd’hui, ni demain. Il n’arrange d’ailleurs plus personne car l’Histoire nous montre que les exploiteurs sont rattrapés par leurs fautes. Tôt ou tard les mauvais équilibres seront piétinés et, les victimes et les exploités monteront chez l’ancien maître du jeu pour réclamer leur dû.

Le monde entier a applaudi à l’arrivée d’une nouvelle ère, d’une nouvelle espérance pour notre destin commun, qui prendra un sens nouveau guidé par la responsabilité. Les conséquences de la mauvaise gestion paraissent à travers ce que nos anciens laissent aux générations futures : une Terre malade des excès et des mauvais choix, une Terre malade des égoïsmes et des logiques de profits.

Et si l’avenir du monde était en Afrique ?

L’Afrique est pleine de ressources,

L’Afrique est pleine d’intelligences et de talents,

L’Afrique est pleine d’idées pour elle et pour l’Humanité.

Tout cela ne demande qu’à être mis en mouvement pour le bien être de son peuple et pour la bonne conscience du Monde entier.

Pour certains elle n’est bonne que comme un réservoir où l’on viendrait puiser ce dont ils auraient besoin avec en référence le concept effroyable d’immigration choisie. La réalité de l’Afrique est méconnue par ceux qui ne foulent pas du pied sa terre. Malgré, l’ignorance et les préjugés, nous n’acceptons pas la Fatalité qui voudrait que l’Afrique ne s’en sorte jamais et que les Africains soient à jamais voués à la malédiction.

La question du rapatriement des fonds des dirigeants et autres exploiteurs de l’Afrique est une question de principe. Chacun devra désormais savoir que les temps ont changé. Aucun détourneur de fonds publics, aucun exploiteur de l’Afrique ne sera plus jamais à l’abri de poursuites et ce qui est à l’Afrique devra revenir à l’Afrique. Ce message doit marquer à jamais les esprits pour être un tant soi peu dissuasif.

Nous entendons un lourd et coupable silence venant d’Afrique et des Africains et de leurs dirigeants dans le débat en cours concernant la levée du secret bancaire sur les comptes de dépôt dans les paradis fiscaux. Pourquoi ce silence ? Comment l’interpréter? Doit-on s’en contenter ou dans la perspective du G 20 qui aura lieu dans quelques semaines prendre des initiatives pour faire entendre la voix de l’Afrique pour un changement, une évolution? Ce silence veut-il dire que, les dirigeants de nos pays où la corruption et les détournements des fonds publics sont monnaie courante n’ont aucun intérêt à ce que l’on y voit plus clair dans le système actuel, ce silence veut-il dire que l’on puisse se satisfaire du statu quo?

Les sommes en cause sont importantes (de l’ordre d’US $ 200 Milliards pour la seule Afrique subsaharienne). Au regard des budgets des états africains cela est énorme, même si par définition les montants en cause sont difficilement quantifiables.

Aujourd’hui et sur le principe, quelles que soient les sommes à retourner vers l’Afrique, nous croyons malheureusement qu’elles ne viendraient que remplir le tonneau de Danaïdes sans être utiles ni à l’amélioration du BIB (Bonheur Intérieur Brut) des africains, ni à celle des infrastructures de ces pays, des systèmes de Santé et de l’Education de nos pays.

En effet, les entraves et les limites réelles qui suivent militent contre les progrès espérés. Il s’agit notamment de:

  • La Corruption généralisée.

  • L’Absence de contrôle des élus du peuple,
  • La déliquescence des systèmes budgétaires,

  • Le système financier international opaque.

S’il est vrai selon le droit international qu’il incombe à nos Etats et à nos dirigeants d’engager pour nos pays une demande de levée du secret bancaire, en vue du retour des fonds détournés, il appartient cependant aux peuples d’Afrique, aux citoyens sensibles à la chose publique (Res publica) d’influer sur le cours de leurs destins et de participer à la définition du principe de justice propice à l’amélioration de leur vie. Certaines Organisations Non Gouvernementales se sont engagées sur ce terrain depuis peu sans succès cependant.

C’est donc au niveau des principes et de la prise de conscience que nous voulons pour notre part nous placer pour établir par rapport à la question discutée des axes de changement.

Aussi dans le débat actuel préconisons-nous :

  • Le principe de l’imprescriptibilité des crimes que constituent les détournements de fonds publics,

  • L’obligation de justifier les fonds disponibles dans les comptes off shore ou dans les paradis fiscaux.

  • Le principe du retour aux caisses des Etats des dépôts pour les lesquels des justificatifs valables n’auraient pas été produits.

  • Un changement du système financier international opaque qui ne

nous est pas favorable et ne participe pas de notre développement en définitive.

Aujourd’hui, force est de constater et à titre d’exemple que les dictateurs et les détourneurs se succèdent, mais leurs forfaits restent impunis. Les fonds détenus dans le système bancaire international, dans les paradis fiscaux reviennent difficilement, voire jamais aux vrais ayants droits, c’est-à-dire aux peuples d’Afrique.

Devra t-on se battre des décennies durant comme les juifs d’Europe après la fin de la Shoah pour obtenir enfin gain de cause ? Notre lutte est plus ardue, parce que nous luttons contre des forces et des intelligences extérieures organisées, un système coalisé, mais surtout contre nos frères, nos dirigeants et contre nous même…

Nous ne sortirons pas facilement vainqueurs de cette lutte contre l’injustice, l’iniquité cela nous le savons. Mais nous voulons dès maintenant construire pour demain en posant les jalons qui nous permettrons de sortir du cercle vicieux que sont les détournements de l’existant, et l’endettement vers l’extérieur pour combler les déséquilibres budgétaires…

En quoi l’Afrique est-elle victime des paradis fiscaux et du système économique international?

Il est démontré que pour chaque US$ d’aide publique versé à l’Afrique, cinq sortent pour rejoindre des comptes à l’étranger. Une étude rétrospective allant des indépendances à nos jours montrait que la fuite de capitaux d’Afrique représenterait aujourd’hui plusieurs fois le montant de la dette actuelle du continent…

Les paradis fiscaux et le secret bancaire favorisent les fuites et l’évaporation des fonds publics. Les paradis fiscaux disposent d’un arsenal juridique efficace, puissant et peu favorable au retour des fonds aux pays lésés même en cas de disparition des détourneurs (cf. cas de Mobutu et autre Duvalier). Ce système

inique et insultant au regard du droit et de la justice peut-il se perpétuer ad vitam aeternam ?

Au final, une question s’impose: la dette africaine est-elle légitime ? Les Etats africains doivent-ils continuer de payer le service de la dette et la dette elle-même? L’Afrique est riche par son sous-sol, par ses ressources et pourtant, on s’apitoie sur son sort. Elle s’endette toujours plus envers un système financier international impitoyable, pour en être en définitive débitrice et victime des « fonds vautours » dont l’éthique et la moralité sont loin de celles attendues des acteurs habituels du système international.

Les termes de l’échange, le fonctionnement de l’OMC et autres institutions de Breton Wood ne lui sont pas favorables. L’exemple du marché du coton est là pour nous montrer que les efforts des Africains ne sont pas toujours récompensés dans un système où les plus forts peuvent en changer les règles à leur gré. Nous sommes, il faut bien le constater dans un système à sommes nulle, où le bien être des uns dépend de la dépendance et la pauvreté des autres, des plus faibles…

Faut-il alors crier cette vérité au monde afin que tous la voie? Si tel est le cas, nous le crions encore et encore.

Les Etats-Unis changent aujourd’hui avec l’arrivée d’un Président providentiel. Nous profitons de cette nouvelle ère qui nous est donnée pour essayer de remettre à plat la situation qui nous est faite pour dire notre colère, dire que nous ne sommes plus dupes de ce système qui fait de nous des victimes consentantes.

Nul ne sait quand une nouvelle opportunité nous sera donnée pour construire un monde nouveau, une Humanité plus juste et plus heureuse où chaque Homme pourra dire que « tout ce qui concerne l’Homme me concerne ». Il est encore temps de pardonner pour reconstruire un monde et une humanité où chaque Homme quel que soit son pays, sa couleur de peau et sa religion pourra être certain d’appartenir à l’Humanité.

Veuillez agréer Monsieur le Président nos sentiments les plus

distingués dans ces moments difficiles.

Nous, Frères Africains avons dit.

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